28 septembre 2011

à Gamay Saint-Aubin : domaine Jean-Claude BACHELET : sorciers du chardonnay

by Patrick Maclart

J’ai découvert ce domaine, dont l’origine remonte au XVIIIème siècle, au milieu des années 90; il n’est jamais trop tard pour bien faire. Jean-Claude, le père, recevait toujours avec gentillesse et surtout énormément d’humilité. Je trouvais chez cet homme des paroles sobres et justes, et lorsque je lui demandais : « alors, Monsieur Bachelet, c’est quoi votre truc pour faire ces vins aussi intenses ? », il répondait vaguement, ou par des évidences, comme si tout cela somme toute était normal.

Jean-Baptiste et Benoît sont aujourd’hui à la tête du domaine. Et bon sang ne saurait mentir, ils ressemblent tous les deux à leurs parents, car n’oublions pas la maman qui a aussi son rôle.

gentils, humbles, sensés, les frères Bachelet (Jean-Baptiste à gauche, Benoît à droite) ont bien des qualités humaines.

Benoît l’aîné a 31 ans. Son parcours est un BTS viti-oeno à Beaune. Son petit frère Jean-Baptiste a lui le même parcours, mais suit actuellement un DNO à Dijon. « Notre père a toujours été ouvert. On a gardé son élevage. Par contre, on a ramené le labour, on a diminué sensiblement la durée d’élevage. On a aussi vinifié séparément certaines parcelles qui entraient dans  un assemblage. Ce n’est pas une révolution, mais simplement une continuité », me déclare Benoît avec sincérité.

L’élevage est le grand point fort des vins du domaine Bachelet. Toutefois, il ne serait rien sans un travail impeccable à la vigne.

A la vigne, la lutte est raisonnée, « mais très mollo ! » me dit Benoît. La chambre d’Agriculture conseille le domaine. La biodynamie intéresse ces deux frères, et déjà une partie des travaux s’effectue selon le calendrier lunaire, par exemple.

Au chai, le pressoir est pneumatique (« mon père y est passé depuis belle lurette, et on a déjà changé 3 fois depuis » me dit fièrement Benoît), 2 heures de pressurage. Parfois des débourbage de 48 heures, parfois pas. Fermentations alcoolique et malolactique en fûts, avec un élevage de 18 mois, avec en moyenne 15 à 20 % de neufs sur les villages, 40 % sur les premiers crus et les Chassagne, et 100 % sur le grand Cru.

Bref, ce domaine de 10 hectares, exportant 50 % de sa production (Grande-Bretagne essentiellement), élaborant 60.000 cols par an réalise pour moi les chardonnays les plus intenses, les plus profonds, les plus vibrants qu’il m’ait été donnés de déguster. Les vins sont terriens, ils me parlent, m’émeuvent. Je les classe sans souci dans le peloton de tête de ce qu’il y a de plus grand en Bourgogne blanc. Ce sont de grands vins de garde, traditionnels et conformes à leur terroir. Un défaut ? Oui, un seul : le succès de ce domaine fait qu’il n’y a rien  à y vendre, en tout cas sans réservation. C’est la rançon du succès.

Alors, c’est quoi leur truc ? Ces deux frères ont-ils des tours dans leurs poches ? Une baguette magique ? « Non, me répond Benoît, on n’a rien de tout ça. On va à la vigne et on ne compte pas nos heures. C’est pour nous déjà le début d’un bon vin ». Cette manière toute humble d’envisager leur beau travail et le superbe résultat qui en découle me rappelle à quelqu’un… Le père, Jean-Claude qui, le sourire aux lèvres et l’indévissable casquette, regarde sa filiation avancer avec raison et passion… Bravo.

domaine Jean-Claude BACHELET
Benoît & Jean-Baptiste BACHELET

1  rue Fontaine
F-21190  GAMAY SAINT-AUBIN

tél. +33 (0)3 80 21 31 01
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, en présence de Benoît. Merci l’ami pour le temps consacré au partage de tes vins.

un grand domaine assurément, et peut-être le plus grand. Le résultat ? Rien à vendre, sauf sur réservation… Fatalitas !

Saint-Aubin blanc 1er cru « en Rémilly » 2009 (brut de fût)
nez intense, profond, raisin, aubépine, fruit jaune, en construction. Bouche bien faite, riche, zestée au centre, concentrée. Epices douces et délicates en finale. Intense.

Saint-Aubin blanc 1er cru « Murgers Dents de Chien » 2009 (brut de fût)
nez de poire, pomme, côté minéral. Bouche ronde, belle tension, superbe expression en milieu de bouche, amande, aubépine, un petit côté « pomme au four ». Très long, intense.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Macherelles »  2009 (brut de fût)
Issu de plusieurs parcelles, dont une limitrophe du cru « Vergers ». Plus sur la réserve, évocation d’orange au nez. En bouche aussi, le vin se retient, se réserve. Elle est riche, impulsive malgré des arômes dissociés, mais le tout doit se centrer. Mais quel caractère, quelle intensité.

Puligny-Montrachet blanc 1er cru « sous le Puits » 2009 (brut de fût)
joli nez citronné, noisette, un côté floral. La bouche est tendue, raffinée, florale et zestée. L’intensité est moins importante que le Chassagne, mais il se rattrape sur la longueur, c’est phénoménal. Très, très long.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Blanchots Dessus » 2009 (brut de fût)
nez racé, intense, pomme, caillou blanc, magnifique. Bouche racée, concentrée, intense, immense. Finale énorme, racée elle aussi, immense vin qui tous les ans confirme sa présence au firmament des grands blancs. Pour moi le meilleur premier cru sur le marché à ce jour, tous producteurs confondus.

Bienvenues-Bâtard-Montrachet Grand Cru 2009 (brut de fût)
Nez encore discret, réservé, l’élevage est marqué au jour de la dégustation. La bouche est tonique, énergique, les arômes ne sont pas encore fixés. La finale est intense, sur des petites notes beurrées.

l’ensemble des vins est intense, immense, vibrant et me parle… Et ce dès l’aligoté. Quel moment mes amis !

Aligoté 2008
Nez de noisette, branche, axé sur les parfums du cépage. Bouche ronde, belle trame acide au centre. Finale plus florale.

Saint-Aubin blanc 1er cru « les Frionnes » 2008
nez spontané, très parfumé, noisette, joli, accessible. Bouche tendue, nerveuse, petite pointe terrienne, très 2008. Finale aromatique et sincère.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Macherelles » 2008
Nez sincère, généreux, très Chassagne : pomme, épices. Bouche « pomme au four », avec un milieu de bouche encore discret, mais qui développe juste après pour partir sur une finale en queue de paon. J’aime.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Boudriotte » 2008
Nez généreux, un peu beurré,  noisette. Bouche assez nerveuse, étonnament tendue pour ce climat, le millésime marque bien. Le fruité « coeur de pomme » encore bien en finale. Très bon.

Puligny-Montrachet blanc 1er cru « sous le Puits » 2008
Nez fin, délicat, petites notes fumées, zeste. Bouche fine, tendue, le milieu est certes discret, mais la finale part sur l’amande et la chair de pamplemousse. Grande complexité.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Macherelles » 2005
Nez de mangue fraîche, petites épices, sucre roux. Bouche réservée, se retient. La finale revient bien, sur le terroir de terre compacte. Pas bavard, mais prometteur.

Bienvenues-Bâtard-Montrachet Grand Cru 1999
Nez fumé, acidulé, complexe, églantier, coco. Superbe bouche à l’attaque généreuse, tellurique, qui évolue sur du minéral, du fruit sec. Immense intensité, puissance certaine. La trame acide revient en finale, après un quart d’heure d’ouverture. Noisette à la rétro. A carafer impérativement, comme tous les crus du domaine JC Bachelet.

Saint-Aubin blanc 1er cru 1993
Nez de prune jaune, zeste confit, petite trace d’évolution. Bouche fine, mais encore bien vivante, scintillante. Petite trace d’évolution aussi en bouche. Arôme de zeste confit qui domine la bouche. Grande finale d’une belle amplitude. Phénoménal !

Déguster un vin de 17 ans et n’y trouver « qu’une petite trace d’évolution » relève d’un travail sans faille. Bravo Jean-Claude.

5 Responses to “à Gamay Saint-Aubin : domaine Jean-Claude BACHELET : sorciers du chardonnay”

  • Quels bons mots. Exactement ce que j’ai ressenti à chaque fois que j’ai dégusté chez eux. Je dois encore avoir quelques Puligny 2001… Ce qui m’a toujours touché chez eux, c’est la pureté et précision sans perdre en chair. Interminables, quel que soit le millésime !

    • Merci Marie-Dominique. Mais tes mots sont tout aussi superbes. Mes mots sont simplement la retranscription de mes émotions, que tu as vécues comme moi.

      Quel plaisir de te retrouver ici. Au plaisir de nous revoir, bonne soirée.

      Pat.

  • Un article qui donne envie de les connaitre et les visiter, un coup de téléphone et voilà le rendez-vous pour lundì 21 novembre à 9:30 heures, tu vien avec nous ?

    • Ah les nonsolo, des vrais ayatollahs de la Bourgogne ! Mes fous amis, je tâche d’être avec vous lundi. Je vais le bloquer sur mon agenda; vous retrouver sera un grand plaisir.
      Etes-vous partants pour une dégustation des « orphelines » comme l’année passée ? Aurez-vous le temps ? Si oui, j’organise ça avec Arnaud.

      A bientôt, arrivederci !

      Patrick.

  • VILLIEN

    Bonjour,
    J achète depuis 1999 au domaine Bachelet et je n’ai été déçu.Des vins purs , ciselés , grande tension.
    Peut être un poil trop de bois sur le bienvenues mais bon…..
    La cuvée Blanchots dessus est vraiment d un très haut niveau.
    Souvenir aussi d’un sous le puits 97 bu l’année dernière de haute volée !!,
    Cordialement
    Eric villien

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