24 février 2012

à Chorey-les-Beaune : Michel et Chantal MARTIN : fusionnels

by Patrick Maclart

Michel et Chantal MARTIN, ce n’est pas compliqué. Ce sont les vignerons les plus gentils que je connaisse, toutes régions confondues. De plus, ils représentent pour moi ce qu’on appelle un « couple fusionnel ». Quand l’un pense, l’autre dit ou fait, et vice versa. C’en est amusant. Ils dirigent ce beau petit domaine familial depuis trois générations, et s’étendant sur 4.9 hectares. Il est issu de la scission du domaine Maurice MARTIN qui vendait sa production au négoce. Michel a donc repris en 2003.

Chantal et Michel font partie des vignerons les plus gentils que je connaisse. Sourire, coeur sur la main, esprit et humour… On ne peut que passer du bon temps avec eux. En plus ils sont beaux !

Aujourd’hui à 60 ans, Michel a n’a fait que l’école de la vigne, mais c’est la meilleure. Le domaine est en conversion bio depuis 2008, et c’est le millésime 2012 qui sera labellisé. C’est Chantal, son épouse, qui est l’impulsion bio. Sacré couple vous dis-je, si Chantal est la muse, Michel est le moteur.

Le travail à la vigne est des plus naturels, et doit désormais se conformer à la culture biologique. C’est là que Michel m’avoue n’avoir jamais utilisé d’antipourriture ! Comme Monsieur Jourdain qui lui faisait de la prose sans le savoir… Et Chantal de rajouter « Je suis une terrienne, le bio est plus proche de la nature où vivent des mythes… Ca demande de l’observation, on est plus impliqués. ».

Les vendanges sont exclusivement manuelles, en caissettes de 12 kilos. Les pinots noirs seront égrappés, foulés, subiront une prémacération de 3 à 4 jours. Entonnés à froid, avec un élevage de 15 à 18 mois en fûts dont 15 % de neufs environ, il n’y aura aucun soutirage, pas de collage, et une filtration de sécurité.

il y a beaucoup de savoir-faire et d’intelligence dans l’élevage des vins rouges de Michel et Chantal. Ici, un Beaune 1er cru Teurons, l’un des chouchous du couple.

Pour les blancs, les raisins sont mis entiers dans le pressoir pneumatique où ils seront pressés durant 2 heures. Débourbage de 24 heures, fermentation alcoolique en cuves, avec un léger levurage. Entonnage, fermentation malolactique systématique, élevage de 11 à 12 mois, puis un mois en cuves pour stabilisation avant mise en bouteilles.

Au final, des vins droits, honnêtes, sincères, avec des nez réservés dans leur jeunesse, mais qui au bout de quelques années donnent toute leur magie. Michel et Chantal ne font pas des vins pour les consommateurs pressés, mais pour ceux qui savent prendre leur temps… Ce sont des vins de semi-garde. Et ils tiennent bien dans le temps, apportant encore des parfums subtils, qui sont les vrais parfums de Bourgogne. La patience est mère des vertus, et tante des vins de Bourgogne.

La production totale est d’une trentaine de milliers de bouteilles, et les marchés export sont le Japon, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Danemark et le Canada.

Si vous n’êtes pas snobs pour deux sous, que vous êtes attentifs à ce que vous buvez et que, tout comme moi, vous êtes persuadés qu’il y a du vigneron dans chaque bouteille, alors c’est sûr, ces vins là sont les plus gentils que vous boirez. A la vôtre !

domaine Michel & Chantal MARTIN

4  rue d’Aloxe-Corton
F-21200  CHOREY-LES-BEAUNE

tél. +33 (0)3 80 24 26 57
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ, en deux séances. Merci Michel, merci Chantal pour votre gentillesse et votre amitié si sincères. POUR VOIR LA VIDEO REALISEE AVEC MICHEL, CLIQUEZ ICI.

Savigny-les-Beaune blanc 2010
brut de fût. Joli nez fruité, axé sur la pomme, la poire, très raisin aussi. Simple mais beau. La complexité olfactive doit encore se faire. Pointe de gaz à l’attaque, bien constitué, riche, structurée, avec une minéralité et une finesse rare sur le cépage beurot. Le sol calcaire (magnifique) y est pour quelque chose. Très belle rétro.

Bourgogne rouge 2010
brut de fûts. Sur les Boyardes, vignes d’une quarantaine d’années, conduites en cordon de Royat. Belle robe claire, nez très pinot, simple mais joli, droit, net, pointe fumée. Attaque ronde, mais juste après on part sur la structure du vin avec un côté cendré et du noyau. Finale intéressante pour un vin de cette catégorie.

Chorey-les-Beaune rouge 2010
brut de fût. Nez à la pointe de réduction, mais c’est plutôt bon signe. Très cerise, noyau, fruit net et direct. Petites notes de végétal frais. Bouche fruitée, petites notes poivrées, trame acide bien marquée en finale. Belle rétro.

Savigny-les Beaune rouge « les Pimentiers » 2010
brut de fût. Nez assez profond, complexe, fumée, cerise noire, pointe minérale. Bouche très belle, riche, grain de tanin bien présent et qui s’intègre à l’ensemble. Finale autoritaire, mais qui ne manque pas de finesse. Un côté « diplomate » somme toute. Une parcelle qui donne souvent de beaux vins.

bien que située en appellation « village », le Savigny-les-Beaune « les Pimentiers » donne souvent des vins convaincants, d’une belle expression tellurique et minérale, sans excès… Un vin diplomate, en quelque sorte…

Beaune 1er cru rouge « Clos du Roi » 2010
brut de fût. Nez réservé, comme souvent les vins de ce climat, petites notes telluriques. Bouche tendue, bien constituée, très joli fruit en milieu de bouche. Finit bien. A revoir en bouteille, pour mieux saisir son expression.

Beaune 1er cru rouge « Teurons » 2010
brut de fût. Nez élégant, floral, très fin, cerise rouge, groseille. Bouche fine, élégante, d’une grande finesse. Finale « classe », élégante. Très stylé.

Chorey-les-Beaune rouge 2007
nez épicé, poivré, lamelle de champignons. Bouche fine, fruitée, beau fruit rond en milieu de bouche. Finale un peu cacaotée. Amusant.

Beaune 1er cru rouge « Clos du Roi » 2007
nez réservé, très beau pour celui qui peut le lire : rondeur, fruit, mûres. Bouche complète, de belle densité, avec un joli fruit au milieu. Belle finale, tanins polis. Persistant. Belle quille de connaisseur.

le Clos du Roi dans le finage de Beaune a certes quelque chose de majestueux, mais aussi de la réserve, de la complexité… Je trouve que c’est un climat qui s’adresse à ceux qui ont déjà un palais bien affuté. Ou ceux simplement qui aiment le style de ce qui se réserve pour mieux se livrer.

Beaune 1er cru rouge « Teurons » 2008
nez très fin, floral, frais, très agréable, beaucoup de finesse, fond de nez sur l’églantier. Bouche bien faite, fraîche, belle trame acide, d’une belle expression. C’est droit, net, d’un beau volume et très long. Que demande le peuple ?

Beaune 1er cru rouge « Teurons » 2009
ni collé, ni filtré. Très beau nez réservé dû à une mise récente : cerise mûre, tellurique, belle maturité d’ensemble. Bouche ronde, tendue en milieu, beau fruit net, belle expression épicée quasiment en finale, mais très belle quand même. Ca va s’ouvrir. Long, charnu, côté cerise croquante, belle persistance. Rétro « clafoutis aux cerises ». Miam !

14 Responses to “à Chorey-les-Beaune : Michel et Chantal MARTIN : fusionnels”

  • dupin du vin sebastien

    Bonsoir.

    Tu es de retour en Bourgogne après avoir pas mal vadrouillé ?

    A lire ta présentation, ce domaine semble très intéressant. Toi qui dégustes beaucoup de vins différents, à propos des blancs de Bourgogne boisés, quel est ton opinion entre la « méthode » fermentation + élevage en fût , et juste l’élevage en tonneau après la ou les fermentations en cuve comme cela se fait fréquemment dans le chablisien (façon Michel Martin également d’après ton commentaire ! )
    Gourmandes salutations…

    • Sacré Sébastien !

      Tu m’as piqué ma formule « gourmandes salutations »; je te ferai abstraction des droits d’auteur… 😉

      En effet, j’ai pas mal vadrouillé car la vérité du vin ne se situe pas dans des lounge bars ou des cercles, où l’on boit constamment les mêmes vins, soit hyper-médiatisés, soit hyper-prestigieux. Ces bouteilles dont tout le monde parle mais que personne ne boit.

      Quel est mon avis sur les fermentations des vins blancs en fûts ? Mais aucune mon cher ! Le vigneron fait ce qu’il veut ! Comme la vérité est dans le vin, et que nous avons tous notre goût, ce sera à chacun de se faire son opinion. On essaie bien un pantalon avant de l’acheter, pourquoi pas son vin ?

      Plus sérieusement, les trois mamelles du vin blanc (eh oui, il y en a trois !) sont pressurage, débourbage et élevage. Si le vigneron réussit ces trois opérations, il a de fortes chances d’élaborer un vin blanc qui va nous envoyer au paradis. Après, ce n’est que question de personnalité, de goût et de savoir-faire. Je ne me focalise sur aucune technique, c’est le résultat qui m’importe.

      Ca me fait très plaisir d’avoir de tes nouvelles, au plaisir de nous entendre et nous voir.
      Gourmandes salutations.
      Patrick.

  • Davy

    Bonjour Patrick,

    C’est au hasard de mes déambulations œnophiles sur internet que j’ai découvert votre blog, et je viens de passer un long et agréable moment à lire vos commentaires. C’est un travail assez remarquable que vous faites là en mettant en valeur ces vignerons. Etant moi-même un bourguignon exilé, et adorant les vins de cette région, je n’en ai pas moins du mal à trouver de bons bourgognes, entre les grosses maisons faisant des flacons calibrés pas toujours intéressants, les noms célèbres mais inabordables pour l’amateur lambda, et enfin les pires de tous, ceux vendant le vin comme un produit de luxe. Votre blog me parait être une source précieuse d’information !

    Une chose importante est qu’en vous lisant, on sent tout de suite ce que vous aimez dans le vin. J’ai même l’impression que nous devons aimer les mêmes vins… je vais donc vous faire confiance et essayer d’aller prochainement déguster les vins du domaine Martin ! 🙂

    Après tous ces louanges, je peux me permettre de faire une petite doléance. 😉 Serait-il possible d’indiquer le plus souvent possible, dans vos notes de dégustation, un prix indicatif de la bouteille au caveau ? Cette information (pourtant cruciale pour l’acheteur) est bien souvent cachée, comme si parler du prix du vin en toute transparence était tabou… De la même façon, préciser si le vin est ou non disponible à la vente est utile, pour éviter de se casser les dents à la porte du caveau.

    En tout cas, merci pour ce blog, dont je suis encore loin d’avoir épuisé les ressources et que je vais désormais suivre de façon régulière.

    Au plaisir de vous lire,
    Davy.

    • Davy,

      Je tiens tout d’abord à te remercier pour ces compliments qui décidément me laissent pantois chaque fois que j’en reçois, mais le fait de partager mes émotions et plaisirs est la raison de vivre de mon blog. Je te rappelle que celui-ci n’est financé par personne, et que je revendique donc la totale liberté de ton.

      Comme toi, je trouve que certaines grandes maisons ont des vins assez neutres, certains noms élaborent des vins dont on parle plus qu’on n’en boit; car la destination finale, c’est quand même la table, les amis, la famille, la vie ! Quant aux vins de luxe, ils ne m’ont pas encore séduits.

      Donc, tu peux te dire qu’en général, à part quelques exceptions, les bons rapports qualité-prix-plaisir sont ici. La plupart des vins dont je parle, ce sont ceux que j’ai envie d’encaver. Car comme bien des gens, je bois le vin (j’en parle aussi, je le concède…)

      Alors, pourquoi ne pas mettre le prix départ caveau ? Il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, le prix des vins change. Surtout en Bourgogne où je constate surtout dans les vignobles prestigieux des augmentations benoîtement justifiées par nos amis vignerons : augmentation du coût des cartons et bouchons, année de petite quantité (donc il faut compenser), année de grand succès (donc il faut s’engraisser sur l’offre), etc… J’aimerai par ailleurs trouver la même imagination dans la promotion des vins de notre belle région, mais las…

      A part l’augmentation, j’aime assez que les restaurateurs et cavistes disposent d’une certaine discrétion dans leur marge. Comment expliquer qu’un vin vendu 9 € au domaine se retrouve à 25 € sur table ? Simplement parce que le restaurateur doit vivre, et que bien des gens ne le comprennent pas. Afin de protéger ces secteurs professionnels fort utiles au commerce du vin, je reste discret sur le prix des vins, sauf si le vigneron me demande de les publier (par exemple quand le seul canal de distribution qu’il ait soit le particulier). Tu comprendras donc mon silence en la matière. Mais libre à toi de m’interpeller sur les bonnes affaires du vignoble comme le font nombre de mes lecteurs.

      Merci encore de ta fidélité à BWB et j’espère que tu trouveras la source qui tarira ta soif de connaissance, mais surtout de plaisirs ! Elle est pas belle la vie ?

      Gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

  • Davy

    Cher Patrick,

    un grand merci pour cette longue réponse !

    Je comprends bien l’argument sur la variabilité du prix du vin : effectivement, il change d’année en année, et c’est normal. Je comprends moins l’argument des cavistes et des restaurateurs. Les cavistes que je connais pratiquent des prix peu éloignés des prix caveau et quant aux restaurateurs, personne n’ignore qu’ils font une marge importante car ils doivent bien gagner leur vie ! Peut-être qu’une solution serait d’indiquer une fourchette large de prix ? Par exemple, moins de 10€, moins de 20€, moins de 30, plus de 50…

    Enfin, dans tous les cas, ce n’est pas bien grave ! 😉

    • Davy,

      dans le pire des cas, tu me contactes ou mieux tu contactes directement le vigneron. Quand c’est cher ou bon marché, il y a normalement une petite mention dans l’article.
      Gourmandes salutations, merci de tes encouragements.

      Patrick MACLART.

  • Dumas Philippe

    Je viens de trouver dans la cave de mon père un Savigny-les-Beaune de Maurice Martin, mis en bouteille en 1976 (normalement), mais je ne trouve rien sur ce Maurice Martin sur internet. Il est ou était de CHOREY-LES-BEAUNE ? Que peut valoir ce vin actuellement ?

    Merci pour votre réponse.

    • Salut Philippe,

      tout d’abord merci de ton intérêt et ta fidélité au blog, cela me fait plaisir.
      Ensuite, il me semble que Maurice est (ou était) le père ou l’oncle de Michel MARTIN. Je n’ai aucune expérience gustative du domaine Maurice MARTIN qui est néanmoins connu sur la côte; je subodore donc une bonne réputation et donc de bons vins.

      Toutefois, pas de miracle. Chorey est une appellation plutôt sur le fruit et à consommer rapidement. Toutefois, ces vieux vins apportent toujours de belles surprises.

      Mon conseil ? Attend l’automne, trouve-toi un beau lièvre ou une gigue de sanglier, des copains et ouvre-la ! Ce sera la meilleure façon de t’enrichir, la partager avec tes amis. Prévois toutefois un vin de rechange au cas où celui-ci serait fatigué. Mais si tu es aussi truculent que moi, sûr qu’il y aura d’autres bouteilles sur la table…

      Gourmandes salutations.
      Patrick MACLART.

      • Dumas Philippe

        Merci pour ta réponse, j’ai plus qu’à me trouver un lièvre 😉

        • on les attrape en leur mettant du sel sur la queue… 😉
          A bientôt l’ami !

        • JULIEN MARTIN

          Bonjour,

          Je suis le fils de Michel Martin, actuellement à Bordeaux je tiens une cave à vins. Maurice Martin était mon grand-père et je souhaiterai savoir si vous avez bu cette bouteille ? l’avez-vous toujours ?

          Pouvez vous me contacter à ce sujet svp ?

          Cette bouteille à une valeur sentimentale pour moi, merci !!!

          • salut Julien,

            De quelle bouteille parles-tu exactement ? En fait, je suis allé chez ton père et j’ai dégusté les vins qu’il m’a proposés, et dont les notes sont retranscrites. Rien de plus. Non, je n’ai pas de bouteille car tout a été dégusté sur place.

            Pour le reste on se tient au courant. Merci de ton commentaire.

            Gourmandes salutations.

            Patrick.

  • Bonjour,

    En fait je répondais au commentaire de « Dumas Philippe » qui dit avoir trouvé une bouteille de Chorey les beaune 1976 « domaine Maurice Martin » dans sa cave.

    Je sais que son commentaire date un peu (03/06/2012), mais comme mon père n’a plus de bouteilles de l’époque, j’aurais aimé avoir le retour de Mr Dumas sur cette bouteille.

    Je n’ai jamais eu l’occasion de déguster le vin de mon grand père, c’est pourquoi ce commentaire m’a fortement interpellé….

    A bientôt,

    Julien MARTIN

    • ah, je comprends mieux. Tu aurais dû mettre que tu t’adressais à lui, mais pas grave. On aura fait connaissance.
      Au plaisir de te relire, et espère ta fidélité au blog.

      Gourmandes salutations.

      Pat

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