27 janvier 2012

à Chassagne-Montrachet, le domaine Jean-Noël GAGNARD : Caroline LESTIME : plus qu’estimable, estimée.

by Patrick Maclart

Caroline LESTIME, 44 ans, est désormais à la tête de ce beau domaine de 14,5 hectares, principalement basé à Chassagne-Montrachet. La production est axée sur le blanc, qui correspond à 75 % de l’ensemble des vins.

Souriante, drôle, travailleuse, Caroline LESTIME, la fille de Jean-Noël est aujourd’hui à la tête du vignoble. Sa réserve de pudeur, d’écoute, se retrouve toujours dans ses vins.

Elle n’était pas forcément destinée à la reprise du domaine, car elle était partie pour une carrière commerciale. Son retour au domaine date de 1989 : « Je suis la fille unique de mon père Jean-Noël. Il ne me l’a pas demandé, mais il l’a si intelligemment suggéré ! » se rappelle avec un joli sourire Caroline. Elle attaque donc sont brevet professionnel au CFPPA de Beaune, et entame des études d’oenologue. Jean-Noël, aujourd’hui 85 ans, l’esprit vif et la jambe gaillarde, semble rassuré de la reprise du domaine par sa fille.

Aujourd’hui, le domaine dispose des plus beaux climats de Chassagne-Montrachet, mais aussi une vigne à Santenay, au clos des Tavannes. Dernièrement, le domaine a élaboré avec la maison Picamelot un crémant « blanc de noir », à 100 % de pinot noir. Ce n’est que cette année qu’il sera commercialisé… « On a voulu un produit top, de long élevage, et on n’a gardé que les premiers jus » affirme avec une fierté bien mesurée Caroline.

Et les projets de cette femme dynamique ne s’arrêtent pas là. En 2000, elle achète une friche à la Rochepot, afin d’élaborer un Hautes-Côtes de Beaune axé sur le fruit. Le premier millésime rouge sortira en 2004, le blanc en 2007… Et capsulé vis !  « On s’est sentis comme des pionniers, comme si on inventait quelque chose ! » déclame Caroline avec une satisfaction contenue.

le raisin nourri de soleil, qui se retrouve dans une geôle de quelques mois, quelques années… La peine est pour notre bénéfice, et le retour à la lumière est grandiose. Bâtard, grand Seigneur malgré ton nom.

A la vigne, il y a un vrai travail de fond. Conversion du vignoble à la culture biologique, retour des labours, abandon des traitements de synthèse. C’est un travail bio, mais Caroline hésite pour la certification. Elle suit les conseils de l’agronome Claude BOURGUIGNON, et a commencé à semer des céréales en inter-rangs. « Quand on a commencé les labours, commente Caroline, ça prenait beaucoup de temps. En plus, je voulais couper les petites racines. Les céréales sélectionnées d’une part agissent en superficie et sont en concurrence avec la vigne, donc les racines de cette dernière doivent plonger. D’autre part, elles absorbent l’eau, fixent l’azote ». Quand je vous dit que c’est un travail de fond ! Et même pour les greffons de la vigne, finies les greffes en oméga, bienvenues les greffes « anglaises », comme par le passé, pour une bonne prise et surtout éviter la transmission de maladies au jeune plant. On limitera ainsi les problèmes de dégénérescence.

Au chai, les vendanges sont exclusivement manuelles. Les grappes sont entières dans le pressoir, pressurage lent, débourbage en 24 heures. Fermentations alcoolique et malolactique en fûts. 2 soutirages sont effectués, un en juillet lors de la descente des fûts en cave, le deuxième juste avant mise. Collage et filtration légère sur papier. L’élevage aura duré 16 à 18 mois environ dont 30 % de fût neuf, sauf sur le Bâtard qui en aura 80 %.

Le résultat ? Des vins complets, riches, intenses, vibrants, propres à leur terroir, mais toujours réservés dans leur prime jeunesse. Cette réserve est vraiment le coup de patte du domaine; réserve qu’on retrouve dans le caractère de Jean-Noël et sa fille, qui en font des vignerons humbles. Pour preuve : pas même une plaque en façade pour signaler le domaine ! Après quelques années, cette réserve laissera place à la magnificence des terroirs, donnera plein potentiel de leurs saveurs.

Les marchés export constituent 80 % des ventes du domaine, avec pour principaux marchés la Grande-Bretagne (marché historique), les USA, le Canada et le Japon.

Au domaine Jean-Noël GAGNARD, on avance, à son rythme, comme celui de la nature, de la charrue, du soleil… Un beau rythme de vie.

Domaine Jean-Noël GAGNARD
Caroline LESTIME

9  place des Noyers
F-21190  CHASSAGNE-MONTRACHET

tél. 00 33 (0)3 80 21 31 68
site internet : cliquez ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Jean-Noël et Caroline pour toutes les informations transmises, et l’explication claire de chacun des vins.

Hautes-Côtes de Beaune blanc 2009
très beau nez de noisette grillée, généreux et distingué. Bouche ample, généreuse, mais le milieu de bouche part sur l’élégance. La finale est très belle, sur le tilleul et le végétal frais. Bien de la fraîcheur dans l’ensemble.

Chassagne-Montrachet blanc « les Chaumes » 2009
Un climat à l’extrême-sud du finage de Chassagne, séparé de la Boudriotte par un tout petit chemin. Robe pâle. Nez délicat, floral, pointe de nougat. Bouche ronde, civile, très aubépine; de la fraîcheur en bouche, notes beurrées qui rappellent à son terroir. Finale convenable, sur des petites notes d’agrume.

Chassagne-Montrachet blanc « les Masures » 2009
L’un des plus beaux climats en village de Chassagne, sous le très beau premier cru « Champ Gain ». Très beau nez, très Chassagne, beurre frais, fines notes végétales (tilleul). Bouche ronde, aérienne, mais avec une jolie moelle en milieu. Finale persistante, belle rétro sur la rondeur et des notes beurrées.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « les Chenevottes » 2009
Nez un peu réservé, dû  à un collage récent; végétal, fruits jaunes, pointe mentholée. Bouche bien construite, un peu bousculée elle aussi. Finale personnelle, vin profond.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « les Chaumées » 2009
Nez opulent, assez généreux, beurre frais, floral, fruit marqué. Bouche ronde, fruitée, belle balance entre puissance, fraîcheur et tension. La bouche se retend en toute finale. Jolie bouteille en devenir.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « clos de la Maltroie » 2009
La vigne est arrivée à sa belle maturité. Le nez est fin, noisette, pointe d’agrume, alcool un peu marqué à ce stade. Bouche harmonieuse, terrienne, petite pointe minérale, développe sur des notes florales et de fruits secs. Finale réservée, à revoir.

Un élevage long de 16 à 18 mois sur lies fines, avec peu de bois neuf… Rien de tel pour élaborer de grands blancs bourguignons.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Champ Gain » 2009
Très beau nez ample, profond, complexe, noisette fraîche, beurre, très axé sur le raisin blanc, du bon jus. Bouche ronde, ample, généreuse, sans excès toutefois, en gardant une belle trame acide. Finale ronde et profonde. Grande réussite du domaine, achetez !

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « la Boudriotte » 2009
Nez profond, racé, pointe d’amande fraîche, floral, mais retenu aujourd’hui. Bouche sur l’amande fraîche, pointe zestée, poire, un peu bousculé, jusqu’à la finale. Va se centrer sans souci.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Blanchot Dessus » 2009
C’est un climat que j’adore, l’un de mes premiers crus préférés. Le nez est tendu, minéral, avec une pointe citronnée, l’ensemble est complexe, très beau. La bouche est ronde à l’attaque, mais le milieu dispose d’une belle tension, comblée par une belle moelle « terrienne » bien typique de ce finage. Superbe finale ferme et terrienne, j’achète.

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Morgeot » 2009
Nez opulent, riche, beurre, acacia, citron confit, multidimensionnel. Bouche à l’attaque ample et généreuse, finale gourmande. Beau potentiel… de séduction !

Chassagne-Montrachet blanc 1er cru « Caillerets » 2009
Nez profond, terrien, floral et fruité, belle harmonie. Bouche tendue, retenue, certaine amertume dans le milieu de bouche. Finale corsée, immense. Indubitablement il s’agit d’une grande vigne, dans un grand terroir, et travaillé par un grand vigneron.

Le Cailleret est un grand terroir, à condition qu’on puisse le laisser exprimer la magnificence de ses arômes. Ici, c’est réussi.

Bâtard-Montrachet grand Cru 2009
Nez intense, concentrée, fruitée, intense. La bouche est bousculée, intense, juteuse. Un peu bousculé à ce stade, mais son pedigree de grand cru est reconnaissable parmi tous. Finale intense. A revoir après deux ans de bouteille.

Bâtard-Montrachet grand Cru 1998
Ce n’est pas tous les jours qu’on a accès à ces bouteilles d’exception. Caroline m’a fait le plaisir du partage de cette quille d’anthologie. Le nez est toujours frais, délicat, axé énormément sur le chèvrefeuille et l’aubépine, avec en fond de nez de la pomme mûre et fraîche, et des petites notes exotiques. L’attaque est fine, fraîche, mais juste après le volume du grand Cru s’exprime en bouche, avec un côté charnu et des arômes évoquant la chair de banane fraîche (et surtout pas la notion de bonbon ou sirop à la banane, mais vraiment la chair de la banane juste ouverte) et des notes de poire mûre. Tout cela glisse avec grandeur jusqu’au fond du palais où la longueur majestueuse rappelle durant de nombreuses secondes à la vérité d’un grand terroir, avec des notes de noisette grillée intenses, vibrantes. Cessez une fois pour toutes d’ouvrir vos 2009, 2008 et consorts ! Attendez, pour que la magie burgonde opère, nom de Dieu !

4 Responses to “à Chassagne-Montrachet, le domaine Jean-Noël GAGNARD : Caroline LESTIME : plus qu’estimable, estimée.”

  • polet frederic

    bonjour,

    je sais que le bouchon vis est super bien, niveau de l’hermétique, on supprime aussi le goût de bouchon, mais je suis desolé sur des grands vins de garde comme les Chassagne ou Puligny rien ne faut le bouchon liège, et le cérémonial d’ouverture de la bouteille et le plop au débouchage……….

    Désolé, je suis contre la capsule à vis !! laissez ça au coca et au vin de table !!!

    • Salut mon bon Fred,

      Je reconnais bien là ton style ! Certes, le choix de chaque vigneron doit rester personnel, et c’est de toute façon le consommateur qui aura raison.

      Précisons aussi que la capsule vis bouche un Hautes-Côtes de Beaune, qui n’est pas l’appellation la plus prestigieuse de Bourgogne, donc pas Puligny ou Chassagne. Tiens compte du fait que certains vins voyagent très loin, et que certains importateurs sont complètement réfractaires au goût de bouchon. Quant au bruit de bouchon, ces pays justement n’ont ni notre culture, ni notre romantisme… Je te reconnais bien là grand fou !

      Au plaisir de nous revoir grand fou !

      Patrick MACLART.

  • Eric VILLIEN

    Bonjour,

    je viens de découvrir votre blog, vraiment magnifique ! J’habite à la Réunion mais ma famille du côté de mon père est de Beaune ( il est né aux Hospices !).Ma tante habitait à chassagne , 5 ruelle des rebichets maison reprise par Fontaine-Gagnard je crois.

    Ma cave est à Meursault au domaine Ballot Millot. Je connais très bien Patrick Essa, prof EPS comme moi. Au plaisir de déguster verre en main en bourgogne !,

    Cordialement
    Villien eric

    • Salut Eric,

      Merci de ton intérêt pour mon blog. Tu habites un chouette endroit, car le peu que je connaisse de la gastronomie réunionnaise m’intrigue; ce melting pot de cultures et saveurs mélangées…
      Ca doit te faire du bien de voir un peu de Bourgogne là-bas sur ton île, je ferai tout pour contribuer à ton bien-être… Même si je garde une dent acérée de rancune contre les profs de sport. Non pas pour les sports extérieurs qui m’enthousiasmaient (basket excepté), mais pour la gymnastique et tous ces instruments de torture que je n’oublierai jamais !

      Pour le verre partagé, ce sera avec plaisir, chez le Pat Essa par exemple. Gourmandes salutations.

      Patrick.

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