31 mai 2018

en Champagne, à Mardeuil : le domaine CHARLOT-TANNEUX : artisan du terroir

by Patrick Maclart

Vincent CHARLOT, la quarantaine heureuse, est à la tête du domaine depuis 2001… « ma vie a démarré en 1992 quand j’ai fait mon premier vin. On peut parler là de ma naissance ». Il a commencé son parcours avec un BEP à Avize, puis un BTA à Rouffach. Enfin, et c’est assez rare dans le parcours d’un vigneron, un BTS technico-commercial à Montpellier… « mes parents étaient coopérateurs. J’avais envie de voir comment le vin se vendait, les marchés, et surtout comment présenter ses vins ». On peut avoir du savoir-faire, encore faut-il le faire savoir…

Vincent CHARLOT est un homme sans la moindre concession avec lui-même. Tout le monde a droit de parole avec lui, mais il garde sa ligne de conduite : le terroir, le vrai.

Bien que ses études se terminent en 1996, il commence à bricoler ses premiers vins en 1992; « c’est quand j’ai commencé à travailler sur barriques que la révélation s’est produite. C’est à ce moment précis que j’ai su ce que j’allais vraiment faire » me dit notre vigneron avec simplicité, et cette volonté calme et posée qui le caractérise, même si son côté puriste est et reste un fond de sa nature.

Et la biodynamie ? « ça me passait par dessus au début, les influences de Neptune ou Saturne, travailler avec 4 grammes de silice à l’hectare, c’était vraiment abstrait. J’ai suivi un stage avec Paul MASSON, et là les choses se sont révélées, comme une évidence. Soigner les plantes par les plantes, non seulement ça me parlait, mais ces plantes je les connaissais ! Et je savais où les trouver ». Il achète un dynamiseur, fait des essais avec des bouses, et ça fonctionne. Il fait ses préparats, sauf le 501, car la superficie du vignoble ne permet pas de le rentabiliser.

le crédo de Vincent ? Soigner les plantes par les plantes. Il réalise quasiment la totalité de ses préparats et infusions. Bref, une connaissance du végétal rare.

A la vigne, le travail est biodynamique certifié DEMETER et ce depuis 2003, bien que les principes étaient déjà appliqués depuis longtemps… « je n’aurai pas forcément pris la certification. Mais ça a évité à l’hélico de passer près de mes vignes. Ce n’est possible que quand elles sont certifiées » déclare Vincent. Pour le travail du sol, point trop n’en faut… « trop de labours déstructurent le sol. Ca réduit la biodiversité. En plus, en « chahutant », on produit des azotes et on augmente la production ». Notre vigneron a son crédo. A l’automne et au printemps, un passage aux disques. Intercep UNIQUEMENT mécanique (il y tient).

une vigne impeccable, bien verte, vigoureuse, au sol souple, et à la foultitude de biodiversité végétale comme j’ai rarement vu dans mes visites. Et l’homme connaît les habitants de son vignoble comme pas un !

Au chai, les raisins sont triés par les vendangeurs. Arrivée en caissettes de 42 kilos environ. Pressurage pneumatique de 3 heures 30. Débourbage statique de 24 heures, jamais à froid. Entonnage direct; les fermentations alcooliques sont spontanées. Elevage de 9 à 11 mois toujours en barriques, et selon les cuvées, chaptalisation exceptionnelle. Cette année, des amphores en grès font leur entrée au domaine, elles seront enterrées… « d’une part pour éviter l’oxydation due à l’échange gazeux, mais aussi pour aller chercher l’énergie de la terre » précise Vincent.

au chai, rien de particulier. Si ce n’est que la totalité des vins est vinifiée en barriques. Depuis cette année, des amphores de grès arrivent au chai. Elles seront enterrées.

Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 4,20 hectares sur 6 communes et 38 parcelles ! La production est pléthorique : 35.000 bouteilles par an ! La part à l’export est de 50 % avec pour principaux clients l’Italie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Norvège, etc…

Vincent CHARLOT, c’est une vision de la viticulture, de la Champagne. Il se définit comme artisan de la terre. C’est un homme qui a compris que la terre n’est pas qu’un simple support, c’est une vie pleine de vies, et que tout ça vibre.

domaine CHARLOT-TANNEUX
Vincent CHARLOT

23 rue des Semons
F-51530 MARDEUIL

tél. +33 (0)3 26 51 93 92
site internet : CLIQUEZ ICI

DEGUSTATION

Elle a eu lieu in situ. Merci Vincent pour ta sympathie, ton vrai sens du partage, et de tes convictions que tu ne détiens pas comme des vérités absolues. Pour voir la vidéo réalisée avec Vincent, CLIQUEZ ICI.

une gamme bien faite, avec une caractéristique propre à chacun des vins : une longueur inouïe.

Champagne « Fruit de ma Passion » 2012
55 % pinot meunier, 40 % chardonnay, 5 % pinot noir. Sulfite gazeux sur jus, et rien d’autre, aucun intrant durant tout l’élevage. 9 mois de barriques. Robe dorée. Joli nez fruité, très meunier, on a l’impression de croquer le cépage. La complexité arrivera plus tard. La bouche est superbe, juteuse, intense, beaucoup d’exaltation à le boire. La finale est excitante, sur un côté fruit exotique, toujours le meunier avec des notes d’agrumes. Longueur infinie.

premier vin dégusté, première gifle. Le vin certes se retient comme tout vin de garde, mais la longueur à la déglutition (eh oui, j’ai bu !) est inouïe. des Champagne qui marquent.

Champagne « l’Or des Basses Ronces » 2012
100 % chardonnay sur un terroir de 30 centimètres de craie, sous laquelle il y a une terre très friable. La vigne peut descendre jusque 8 mètres ! Ce vin est élevé 11 mois en barriques. Très beau nez d’agrumes et de pommes, sans la moindre trace d’oxydation (le parfum de pomme est souvent un signe, mais là pas). La complexité domine par contre la fraîcheur. La bouche est toujours complexe à l’attaque, ça se retient, ça fait la tortue. Le développement est intense, sans richesse excessive. La longueur là encore est inouïe, tout comme la rétro. Impression de pomme fraîche en toute finale.

encore un vin qui ne laisse pas indifférent, même par son habillage.

Champagne « l’Extravagant » 2012
assemblage 50 % chardonnay, et le solde en pinot noir et pinot meunier à parts égales, le tout vinifié 11 mois en barriques. Couleur oeil-de-perdrix, très curieux, notes orangées. Le vin a été vinifié sans SO2 ajouté. Le nez évoque le coing frais, gelée de pommes, notes de nashi, c’est très complexe. L’attaque de bouche développe une grande vinosité, c’est rond tout en étant sec. Bref, c’est extravagant. Toujours très long, marque de fabrique du domaine.

Cette couleur est rare dans un vin effervescent, et Champagne d’autant plus. Un vin rare lui aussi.

ratafia de Champagne
sans SO2 ajouté. Cuvée n°14, car on n’a pas le droit de millésimer les ratafias, on aura compris le reste. Nez étonnant d’abricots frais, de jolies notes végétales, ça change des sirops habituels aux âcres saveurs de marcs. La bouche est suave, épicée, ça évoque le raisin sec et l’abricot. Ca finit bien, avec un goût de « reviens-y ».

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